Nul besoin de propagande…

août 9, 2013

LOIN DES CALICOTS : COMMENT FAIRE DES ANTISÉMITES

Il faut croire qu’il y avait un projet, qui sans doute se présentait comme ceci : il fallait éduquer, pour que jamais cela ne se reproduise. En pratique, cela se passa de la façon suivante : on montra à des enfants âgés d’à peu près neuf ans les images filmées dans les camps de concentration. Assis sur la moquette, face à un large écran de projection, ils virent ces montagnes de corps décharnés que charriait un rouleau compresseur. Trois ans plus tard, sur les murs d’une école étaient plaquées des affiches sur lesquelles le visage d’un cadavre en gros plan ouvrait sa bouche immense au mileu des joues décharnées, sous ses yeux exhorbités. Photo en noir et blanc. Cinq ans plus tard on emmèna les adolescents pour un trajet en car jusqu’à Breendonk, le camp de concentration de Belgique. Plus tard en classe, quelques élèves s’émeuvent encore, un peu, sur ces lettres d’amour, d’adieu, exposées en vitrine.

Le mot « juif » brûle les lèvres chaque fois qu’on le prononce, on ignore encore pourquoi. Mais quelque part un traumatisme a eu lieu, et le psychisme est tel qu’il a reflué pour se trouver en amont, comme une autre origine. Les Juifs – les adultes l’ont fait comprendre, à trois reprises – ce sont des morts, des morts jetés les uns sur les autres comme des détritus, ce sont ceux qui furent déportés et ne revinrent jamais. Et cela fait collusion, Juif et mort, Juif et horreur, Juif et ce que l’on repousse au plus loin de soi, parce que ce n’est pas seulement l’innommable, c’est l’impensable. On ne métabolise pas quelque chose comme ça. Alors on repousse, on refoule. Et dans l’obscurité, dans les tréfonds de soi, un noeud se forme qui entrelace Juif et immonde, et on les refoule tout ensemble.

Les adultes sont contents. Ils pensent avoir fait leur travail, plus jamais ça. En vérité, ils se sont déchargés sur la génération suivante de ce qu’eux-mêmes n’avaient pas pu – ou voulu – interroger, penser ; à charge pour les jeunes de s’en défaire, peut-être comme leurs aînés en repassant le paquet toujours mieux noué aux suivants, d’autant plus serré qu’il est passé dans les fondations, dans les fondements. Cela se fait si facilement. Les mots « innommable », « indicible », ont été retournés pour se refermer comme une chape sur cet événément terrible, le museler et l’enterrer, bétonné. A l’abri. On ne s’interroge pas. On ne se demande pas comment peut se nommer cet acte qui consiste à lier, encore et encore, un nom à l’horreur, le nom d’un peuple au seul Holocauste. En fait, cela s’appelle un meurtre : encore un.

A Liège, la ville d’où était parti le car emmenant les élèves visiter Breendonk, il y a quelques années, une campagne publicitaire pour le tri et la réduction des déchets et la propreté de la ville avait choisi pour slogan, au-dessus de sacs poubelles bien ficelés « plus jamais sac ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :